POUR L'ÉCOLE

100 PRINCIPES POUR L'ÉCOLE - Plan

GENÈSE D'UN LIVRE - Ré-écriture d'un entretien avec Edgar Morin - LE CANTIQUE DES CANDIDES  - 

PRINCIPES ISSUS DE LA THERMODYNAMIQUE PRINCIPES ISSUS DE LA BIOLOGIE - PRINCIPES ISSUS DE LA SYSTÉMIQUE

PRINCIPES ISSUS DE LA NEUROBIOLOGIE - NÉCESSAIRE ÉMERGENCE DE NOUVELLES VALEURS PRINCIPES PÉDAGOGIQUES

PRINCIPES ISSUS DES CONSULTATIONS NATIONALES - DE L'AMOUR

 

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NÉCESSAIRE ÉMERGENCE DE NOUVELLES VALEURS

lien annexe : de la discipline

 

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Ces principes, qui n'ont malheureusement rien perdu de leur actualité, sont empruntés à Joël DE ROSNAY, dans son MACROSCOPE (Vers une vision globale) édité au SEUIL en 1975


26 - CRITIQUE DE L'AUTORITÉ.

Le mot autorité est à rattacher à auteur, automne... Il viennent du sanscrit augas qui signifie augmenter, accroître, enrichir.

L'attitude traditionnelle fait que l'autorité s'établit selon le pouvoir (historiquement toujours obtenu par la force), la puissance (des armes, de l'argent, de l'information) et le secret qui interdit communication et la transmission des savoirs en dehors de canaux spécifiques extrêmement codifiés

L'autorité exige le respect sans réserve des hiérarchies, une acceptation inconditionnelle des institutionnel un sens du devoir et des obligations essentiellement formelles.

L'autorité se fonde sur un élitisme et un dogmatisme concernant aussi bien les individus que les comportements ou les idées. Un code des valeurs est établi, indiscutable. Le pouvoir est centralisé crée un rapport de force avec des citoyens contraints à une obéissance souvent passive.

Or l'autorité devrait être fondée sur le rayonnement, l'influence, la transparence, la compétence.
Il n'y a pas de domaines réservés, de connaissances sacrées, de livres interdits, de secrets-défense, raisons d'État.

La hiérarchie doit être évaluée elle-même sur ses objectifs et ses résultats réels. Cette évaluation doit faire au regard de l'intérêt collectif et non de celui d'une caste.

L'autorité, en véritable démocratie, se fonde sur la participation, la critique, la décentralisation d responsabilités. Le pouvoir est seulement celui de la compétence universellement reconnue.

27 - CRITIQUE DU TRAVAIL.

A l'origine du mot travail, il y a un trépied qui est un instrument de torture : tripaliare (torture) avec le tripalium...

Le mot robot vient du russe et signifie tout simplement ouvrier...

Dans un système social traditionnel, l'importance est donnée au diplôme. La responsabilité est fondée sur l'âge, l'ancienneté, les acquis théoriques, l' expérience engrangée et pas nécessairement partagée, le rang social.

Les carrières ont été pendant longtemps linéaires, programmées. Elles exigeaient et exigent encore des qualités de compétition, elles se jouent sur des ressorts affectifs et moraux pas toujours reluisants. La carotte et le bâton ne devraient pas concerner les humains.

Le mythe du travail. repose sur une malédiction première: "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. "

Le travail spécialisé conduit à la robotisation. Le travailleur n'est pas responsable de ses actes au regard des exigences sociales et écologiques à moyen ou long terme.

En véritable démocratie, on devrait accorder plus d'importance à l'expérience vécue, réelle. On peut être jeune et posséder des aptitudes et des motivations très supérieures à celles de personnes installées depuis longtemps dans la routine et l'autosatisfaction.

Les carrières devraient être multiples, faites de choix et de nécessités. Elles devraient exiger des qualités de coopération et intégrer le droit au plaisir et à l'accomplissement individuel.

Il faudrait valoriser la création, le travail collectif et respecter les rythmes de chacun. Chacun doit être le plus polyvalent possible. Chacun doit être responsabilisé.

28 - CRITIQUE DE LA RAISON.

La logique traditionnelle est exclusive, unidirectionnelle, causaliste, séquentielle. Elle repose sur un postulat d'objectivité. La raison est essentiellement de nature analytique. La raison suppose une acquisition de connaissances intangibles.

Il y aurait une finalité des techniques et de la science et nécessité historique d'un Progrès humain.

La primauté est laissée à l'économie et à la domination de la Nature.

Une (éco)logique devrait être mutualiste et globale, tenir compte de l'interaction des phénomènes. La prétendue objectivité n'est qu'une subjectivité partagée à un moment de l'Histoire. Il convient de stopper le flux des analyses sempiternelles et de réaliser périodiquement des synthèses que l'on saura de toute façon, infirmes.

Il n'y a pas de finalité historique. Nous sommes au bord du gouffre. La Terre promise n'existe pas. Nous devons, de proche en proche, réinventer nos finalités et notre morale.

La primauté devrait être laissée aux besoins sociaux et aux modèles multiples fournis par la Nature.

29 - CRITIQUE DES RAPPORTS HUMAINS.

Ceux qui se réfèrent à l'autorité toute puissante, au travail comme seule valeur, à la raison et à la logique formelle couvrent néanmoins; quand ils n'en sont pas coupables et/ou responsables ; des crimes contre l'Humanité, des actes de répression, des manipulations des opinions publiques, des actions de sabotage social par la corruption, le blanchiment de l'argent du crime, les délits d'initiés, etc.

La morale doit être celle non seulement des individus-citoyens mais aussi des groupes politiques et économiques, des associations. A terme, l'éducation doit contribuer à l'instauration de rapports sociaux marqués par l' anthropo-morale.

30 - CRITIQUE DES PROJETS DE SOCIÉTÉ.

Capitalisme sauvage, socialisme bureaucratique sont renvoyés dos à dos.

L 'Histoire est impitoyable.

Mais la crise économique, sociale, morale qui frappe notre fin (et début !) de siècle (et de millénaire) a fâcheusement tendance à faire resurgir le sectarisme et l'ostracisme, l'agressivité, le cynisme et le scepticisme. Il faut y opposer, dès la Maternelle, l'esprit de tolérance, l'enthousiasme, la coopération, la communauté d'intérêts, la recherche d'une nouvelle morale publique.

 

IMPORTANT : SEPT SAVOIRS NÉCESSAIRES A L'ÉDUCATION DU FUTUR

par Edgar MORIN



POUR UNE ANTHROPO-MORALE...



La réforme de l'enseignement appelle une gigantesque réforme des structures mentales, une révolution néo-copernicienne-einsteinienne du système de pensée. Cela renvoie, non seulement aux problèmes politiques et sociaux, et une fois encore à la totalité du corps social, mais à la transformation radicale de la classe enseignante, devenue classe petite fonctionnaire, et qui, retrouvant sa vocation missionnaire avec les nouvelles humanités, pourrait jouer à nouveau un rôle éclaireur dans la société.



Edgar MORIN - LE VIF DU SUJET  - SEUIL - 1969. 

 

TERRE-PATRIE


... Si l'évangile des hommes perdus et de la Terre-Patrie pouvait donner vie à une religion, ce serait une religion qui serait en rupture avec les religions du salut céleste comme avec les religions du salut terrestre, avec les religions à dieux comme avec les idéologies ignorant leur nature religieuse. Mais ce serait une religion qui pourrait comprendre les autres religions et les aider à retrouver leur source. L'évangile de l'anti-salut peut coopérer avec l'évangile du salut justement sur la fraternité qui leur est commune.

Cette religion, nous sommes beaucoup qui la pré-vivons déjà, mais isolément, sans être encore re-liés par la force communicante et communiante.

Ce serait une religion qui corn porterait une mission rationnelle: sauver la planète, civiliser la Terre, accomplir l'unité humaine et sauvegarder sa diversité. Une religion qui assurerait, et non prohiberait, le plein emploi de la pensée rationnelle. Une religion qui prendrait en charge la pensée laïque, problématisante et autocritique de la Renaissance européenne. Ce serait une religion au sens minimal du terme. Ce sens minimal n'est pas réduction au rationnel. Il contient quelque chose de sur-rationnel : participer à ce qui nous dépasse, ouvrir à ce que Pascal appelait charité et que l'on peut appeler aussi corn-passion. Il comprend un sentiment mystique et sacré. 11 appelle peut-être un rituel.
Toute communauté a besoin de communion. Dans les rites où communient les fidèles, ceux-ci ressentent fortement une identité qui se lie à un surrationnel et à un surréel, qui pour eux est appelé dieu(x).

Ce serait une religion sans dieu, mais où l'absence de dieu révélerait l'omniprésence du mystère.

Ce serait une religion sans révélation (comme le bouddhisme), une religion d'amour (comme le christianisme), de commisération (comme le bouddhisme), mais où il n'y aurait ni salut par immortalité/résurrection du moi, ni délivrance par engloutissement du moi.

Ce serait une religion des profondeurs : la communauté de souffrance et de mort.

Ce serait une religion sans vérité première, sans vérité finale. Nous ne savons pas pourquoi le monde est monde, pourquoi nous sommes au monde, pourquoi nous y disparaissons, nous ne savons pas qui nous sommes.

Ce serait une religion sans providence, sans avenir radieux, mais qui nous lierait solidairement les uns aux autres dans l'Aventure inconnue.

Ce serait une religion sans promesse mais avec racines: racines dans nos cultures, racines dans notre civilisation, racines dans l'histoire planétaire, racines dans l'espèce humaine, racines dans la vie, racines dans les étoiles qui ont forgé les atomes qui nous constituent, racines dans le cosmos où sont apparues les particules qui constituent nos atomes.

Ce serait une religion terrienne, non supraterrestre, et non plus de salut terrestre. Mais ce serait une religion de sauvegarde, de sauvetage, de libération, de fraternité.

Ce serait une religion, comme toute religion, avec foi, mais, à la différence des autres religions qui refoulent le doute par le fanatisme, elle reconnaîtrait en son sein le doute et dialoguerait avec lui. Ce serait une religion qui assumerait l'incertitude.

Ce serait une religion ouverte sur l'abîme...



Edgar MORIN & Anne Brigitte KERN-  TERRE-PATRIE - 1993 - Éditions du Millénaire